"A umbra omega" (2015) DODHEIMSGARD

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"A umbra omega" (2015) DODHEIMSGARD

Message par Aenimal le Ven 27 Mar - 16:06

A umbra omega (2015) DODHEIMSGARD (ou DHG)



1. The love divine
2. Aphelion void
3. God protocol axiom
4. The unlocking
5. Architect of darkness
6. Blue moon duel


Le groupe

Groupe norvégien formé en 1994 ayant oeuvré au début dans un black métal "classique" puis ayant pris une voie beaucoup plus avant-gardiste/expérimentale, notamment à partir de l'album 666 international (1999), véritable OVNI (ou OSNI devrais-je dire) et incroyable tour de force musical. Le dernier album en date, Supervillain outcast, est sorti il y a 8 ans.

L'album

16 ans... 16 ans depuis la déflagration musicale que fût 666 international... Et depuis, pas grand chose : un seul album, qui fût personnellement une assez grosse déception, et que je considère donc comme un faux-pas, malgré le potentiel de départ (Yusaf Parvez, alias Vicotnik, multi-instrumentiste et guitariste virtuose, colonne vertébrale du groupe et Kvohst, chanteur hors pairs ayant notamment participé aux 2 premiers albums de <CODE>). Puis l'oubli... et la résurrection (miraculeuse?) du "royaume des morts" (dodheimsgard) en 2015, avec un nouvel album et le retour inespéré d'Aldrahn, non moins talentueux chanteur historique du groupe.

Premier contact avec l'album : pochette énigmatique d'un champ de lave séchée en noir et blanc sur lequel se détachent des pyramides monochromes entrelacées (j'aime). Formellement, l'album est constitué d'une courte intro et de 5 morceaux de plus de 10 minutes chacun (le plus long, "Aphelion void", dure environ 15 minutes), pour une durée totale de près de 70 minutes. Le décor est planté, l'écoute (fiévreuse) peut commencer : premier contact auditif relativement chaotique... Votre cerveau aura très certainement besoin d'un nombre minimal d'écoutes avant de pouvoir en agencer les différentes parties, dans une certaine mesure du moins : autant le dire tout de suite, A umbra omega est un album exigeant, et, de par sa nature, il peut être considéré comme le digne successeur de 666 international (information capitale).

Système complexe : "Un système complexe est un ensemble constitué d'un grand nombre d'entités en interaction qui empêchent l'observateur de prévoir sa rétroaction, son comportement ou son évolution."

A umbra omega EST un objet musical complexe. Ne cherchez pas ici d'introductions (la plupart des morceaux commencent sur les "chapeaux de roues"), de refrains ou de couplets bien agencés : vous n'en trouverez pas. De fait, l'ensemble peut potentiellement être considéré comme un seul et unique morceau, même s'il est possible d'identifier à l'intérieur d'un même morceau quelques structures récurrentes éparses ici ou là (riffs, progressions mélodiques ou paroles). L'image qui revient le plus souvent chez moi est celle de la tornade : on peut passer rapidement d'une zone de fortes turbulences (les parties de black pur et dur) à celles d'un calme olympien, mais tout relatif (au centre de l'oeil du cyclone). Plus précisément, les 2 points dont il convient de rendre compte plus en détails sont d'une part la qualité technique, et, d'autre part, la cohérence des morceaux, si tant est qu'il est possible de rendre compte de manière pertinente d'un système chaotique...

Premier point donc : la qualité technique. Elle est bel et bien au rendez-vous, à plusieurs niveaux :
- texture sonore, dont on peut apprécier la diversité, tant par les différentes sonorités de guitares utilisées (du gros son saturé à l'électro-acoustique) que par les touches de piano (qui, contrairement à 666 international, est ici directement intégré aux compositions) ou de saxophone, en passant par de grosses basses vibrantes par exemple,
- virtuosité des musiciens : je ne reviendrai pas sur l'énorme travail du batteur (il suffit d'écouter le début de "God protocol axiom" et sa rythmique à contre-temps pour s'en rendre compte), ni sur les (excellentes) parties de guitares, pour me concentrer sur le chant, dans lequel on peut apprécier toute la palette vocale d'Aldrahn, qui passe avec une déconcertante facilité d'un chant puissant et possédé à un chant étrange et maladif, presque inquiétant par moments (pour l'anecdote, celui-ci peut faire penser à de rares moments à celui de David Tibet de CURRENT 93).

Second point : la cohérence des morceaux. C'est le point caractéristique de l'album, à savoir que la déstructuration est ici portée à son paroxysme, du moins en ce qui concerne un album de métal. Ce qui s'avérait être la force de 666 international pourrait même ici devenir un point faible puisque, même si les morceaux de 666 international étaient déstructurés, ils n'en gardaient pas moins un certaine cohérence, ce qui est beaucoup moins le cas sur A umbra omega. Ici, l'auditeur n'a d'autre choix que de se laisser porter par le flux sonore sans vraiment arriver à se raccrocher à un ou plusieurs éléments caractéristiques constitutifs en général d'un seul et même morceau (riff accrocheur ou refrain par exemple). Si la démarche de DODHEIMSGARD est ambitieuse (je n'ose pas imaginer le casse-tête qu'a dû être la mise en place de cet album), et, à moins d'être un "musicologue expert" (ce que je ne suis pas  tant pis ), l'auditeur de métal "conventionnel" risque d'être suffisamment déconcerté pour rejeter le tout, contrairement à un amateur de musique plus expérimentale ou d'improvisation (comme dans le jazz par exemple). C'est ce qui constitue tout le paradoxe de cet album puisque cet aspect essentiel en constitue à la fois le point fort (la sortie des sentiers battus) et le point faible (une certaine forme d'anarchie musicale). De même que "le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison", on pourrait dire à propos de A umbra omega que "DGH est le groupe qui a tout perdu sauf la virtuosité" : au final, il est assez difficile de déterminer le style global de cet album, puisque, même s'il se rattache de façon historique au black métal, il s'en éloigne aussi assez nettement. J'avais pensé au départ à du "blackxpérimental", mais je pense que le style unique en son genre de "DHG-métal" conviendrait mieux en fait (qu'on peut tout de même classer dans la catégorie "avant-garde métal").

Malgré ces "petits défauts subjectifs", et même si je dois avouer qu'il m'est difficile d'écouter l'album d'une seule traite, A umbra omega est un album hautement recommandable (bien qu'il n'égale pas le chef-d'oeuvre de 16 ans son aîné), en phase avec son époque : il peut en effet constituer la bande-son idéale d'un monde humain en perdition, à la santé mentale déficiente. Reste à savoir si cet album fait partie de ceux qui se bonifient avec le temps, ce qu'il est trop tôt pour dire maintenant...

La note : Arrow  8/10 (avec "perspective positive" comme dirait une agence de notation Hi hi )
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Re: "A umbra omega" (2015) DODHEIMSGARD

Message par suspifun le Dim 5 Avr - 10:23

Bon du coup, je vais être obligé d'écouter ça Smile
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