J. R. R. Tolkien

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J. R. R. Tolkien

Message par Tanz Mitth'Laibach le Dim 19 Fév - 12:45

S'il y a un auteur qui mérite un premier topic ici, c'est lui. J. R. R. Tolkien, le génial créateur de la Terre du Milieu dont l'influence sur la fantasy et au-delà est tout simplement au-delà de toute mesure... Il y a ce que tout le monde connait, Le Seigneur des Anneaux bien sûr, qui est revenu en force dans les années 2000 grâce à l'adaptation cinématographique de Peter Jackson, et puis il y a toutes sortes d’œuvres qui gravitent autour, qu'elles se situent dans le même univers où non... S'il y en a une qu'il faut citer, c'est la première, Bilbo le Hobbit, sur un registre beaucoup plus léger que Le Seigneur des Anneaux, et pourtant si jouissif!

C'est parfois très difficile à lire, bien sûr, Tolkien était tellement à fond dans son trip qu'il en devient parfois un peu assommant. Mais ça vaut le détour, c'est même incontournable, Tolkien ne cesse d'inventer des univers à l'aspect anciens, des histoires qui ressemblent à des contes mais qu'on peut tout aussi bien lire adulte, il puise allégrement dans l'imaginaire des mythologies païennes, et pourtant le christianisme est omniprésent dans ses écrits (allez dire ça à Gorgoroth...).

Tenez, j'ai bien envie de vous poster une review que j'avais faite sur Star Wars-Universe :

J'ai fini les trois contes du recueil Fäerie d'un certain J.R.R. Tolkien ; il y a également une analyse intitulée Du Conte de Fées avec, que je n'ai pas encore commencé. C'est lisible sans aucun prérequis, ni Seigneur des Anneaux ni Silmarillon, car les histoires ne prennent pas place en Terre du Milieu jusqu'à preuve du contraire ; la troisième semble même se dérouler à une époque plutôt moderne, je me la suis représenté vers la fin du XIXème siècle ou le début du XXème, personnellement, mais je crois que rien n'empêche même de la situer à nos jours. Bref, ma critique :

Le Fermier Gilles de Ham : Ça commence assez mal, je dois dire, car ce conte qui traite d'un fermier tout ce qu'il y a de plus ordinaire, d'un roi avare et d'un dragon rappelle fortement Bilbo le Hobbit (lequel est presque aussi indispensable que le Seigneur des Anneaux, et partant plus accessible, soit dit en passant) ; sauf que ce conte-là faisait trois cent pages là où Le fermier Gilles de Ham se borne à 64 pauvres pages, et avec un imaginaire nettement moins développé, puisque ouvertement récupéré du cycle de la Table Ronde... Ce conte n'en est pas moins plaisant à lire, léger et amusant, mais il est encore plus enfantin que Bilbo le Hobbit et assez dispensable à mes yeux.

Smith de Grand Wootton : Là, par contre Tolkien envoie indéniablement du lourd. L'histoire pourrait à première vue paraître assez mal foutue, à l'exact inverse de Gilles de Ham qui respecte scrupuleusement la structure du conte, il n'y a pas de réelle construction scénaristique ici, on suit l'histoire des Maîtres Queux successifs du village puis celle de Smith, avant de revenir aux Maîtres Queux ; pas de vrai méchant, pas de trame scénaristique principale. Alors, qu'y-a-t-il dans ce conte, me demanderez-vous? De l'imagination, justement, de l'imagination libre. Le mystère est le premier fil conducteur, alors que l'on suit le parcours des Maîtres Queux successifs, on se demande ce que les uns cachent, ce que l'autre va découvrir ; puis c'est l'émerveillement lors du récit de la découverte par Smith de Fäerie, mais le mystère est préservé, car les découvertes du héros ne se voient gâchées par aucune explication, et plutôt que de créer un sentiment de frustration, cela nous laisse imaginer ; après cela, c'est le retour au village et au dernier Maître Queux, avec la conclusion de l'histoire, si tant est qu'un récit si déstructuré puisse avoir conclusion.

Interprétation :

Spoiler:
Même l'histoire finie, l'esprit ne cesse de voguer non seulement entre les hypothèses que l'on peut se faire à partir de ce que Tolkien nous montre de son pays imaginaire, mais aussi entre les interprétations possibles ; il parait évident qu'il y a quelque chose à retirer de ce conte, une allégorie d'une sorte ou d'une autre, et pourtant, lorsqu'on cherche bien, on s'y casse un peu les dents, des interprétations viennent, mais elles se révèlent globalement partielles. Il faut dire que je ne suis pas sûr que Tolkien lui-même ait été entièrement conscient de toutes les interprétations possibles. Il en est une au moins qui est évidente sachant que ce conte est la dernière œuvre de Tolkien publiée de son vivant : Fäerie, ce sont les mondes imaginaires que l'écrivain, ou même l'artiste en général, s'invente, ils lui procurent satisfaction et lui permettent d'affronter le quotidien ; comme son héros, Tolkien n'y retournera plus, il y a passé suffisamment de temps et doit maintenant passer le flambeau, avec une certaine tristesse. Il y a aussi le Maître Queux qui pense qu'un gâteau doit pour plaire aux enfants être très sucré alors que son apprenti sait qu'il doit contenir la fameuse étoile d'argent, passeport pour Fäerie ; métaphore du travail de l'écrivain qui ne doit pas nécessairement être édulcoré pour être réussi, affirmation de la supériorité de l'imaginaire sur le matériel, autre chose à quoi ni moi ni les analyses présentes sur Wiki n'avons pensé? Chacun jugera. J'ai aussi lu une analyse sur la présence du roi de Fäerie en tant que simple apprenti du Maître Queux du village sous l'angle de la profonde foi chrétienne de Tolkien, cela me semble assez sensé au vu de la générosité dont il fait preuve même avec son vieil ennemi. Enfin bref, je pense qu'on peut en trouver plein, comme ça, mais le fait est que ça fonctionne, ce conte séduit et donne à penser à la fois (foi?).

Feuille de Niggle : Celui-là aussi, je l'ai adoré, bien que le côté merveilleux soit beaucoup moins présent ; ceci dit, je ne suis pas nécessairement objectif, étant donné que j'avais l'impression de lire ma propre description devant celle du personnage principal (à part que je ne suis pas petit^^), je me suis vite reconnu dans le portrait de ce peintre en tant qu'auteur de fan-fics^^ Mais je pense que n'importe qui peut se prendre de sympathie pour le personnage principal, et c'est avec plaisir qu'on suit sa courte aventure. Là encore, on cherche des interprétations sans en être pleinement satisfait :

Spoiler:
Tolkien a probablement voulu parler de son acharnement sur les détails de sa Terre du Milieu, il mettra un temps dingue à écrire Le Seigneur des Anneaux. Le christianisme parait omniprésent : ainsi Niggle est-il finalement récompensé sans même l'avoir demandé (il demande même à ce que son voisin le soit également!) pour n'avoir jamais hésité à rendre service, bien que cela ne lui ait jamais procuré aucune joie ; la première voix peut représenter l'Accusateur des Hommes, et la seconde (au sens que c'est elle qui parle en dernier, qui tranche au dernier ressort, non pas en celui que son avis soit secondaire) représenterait alors Dieu ; enfin, la dernière conversation mentionnant Niggle dans notre monde marque une très claire opposition entre la recherche du bénéfice matériel bête et méchante de Tompkins et l'indulgence d'Atkins, qui reconnait les services rendus par le petite homme et s'efforce de comprendre sa passion pour la peinture, j'ai trouvé cela assez christiano-platonicien. D'ailleurs, vous noterez que pour avoir tenté de se consacrer d'abord à l’œuvre surgie de son esprit (un hommage à la Création?) plutôt qu'aux mille et une contraintes du monde immédiat, Niggle a vu sa peinture devenir réelle tandis que ce sont ses problèmes qui ont disparus ; d'une certaine façon, il a crû à cette arbre, et c'est pourquoi celui-ci a fini par devenir réel.

Enfin, ce n'est jamais que mon avis, pour cette histoire, mais j'ai peut-être fumé la moquette, aussi :transpire:

Bref, un recueil de contes rafraîchissant entre un Stephen King et un Troy Denning, parfois merveilleux, toujours agréable à lire, et qui donne matière à réflexion sans se prendre la tête pour autant ; si le premier conte est assez dispensable, je recommande vraiment les deux autres.

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Re: J. R. R. Tolkien

Message par Antoine Tomberouge le Dim 19 Fév - 13:30

Tanz Mitth'Laibach a écrit:
C'est parfois très difficile à lire, bien sûr, Tolkien était tellement à fond dans son trip qu'il en devient parfois un peu assommant.

Oui c'est à la fois cocasse et dérangeant de se dire que l'une des oeuvres majeures de la littérature soit truffée de lourdeurs et globalement pas génialement écrite (critique apparemment récurrente, d'après ce que j'ai lu). La Terre du milieu en eût sans doute été davantage sublimée, servie par une écriture à l'indéniable qualité, mais bon, à chaque chose son bémol

J'ai bien envie de lire Bilbo avant d'aller le voir au ciné (oui, si j'en ai la possibilité physique je vais y aller malgré ma répulsion relative au cinéma), mais je me sens une âme de puriste et n'ai pas envie de le lire en français, d'autant que certaines subtilités dans les langages de la Terre du Milieu et dans quelques concepts de Tolkien ont vraisemblablement été biaisées par la traduction

Sinon, je serai à jamais étonné par le fait que cet homme ait inventé à lui tout seul des langues entières...
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